L'AFRIQUE PRECOLONIALE
UNE PERIODE DE L'HISTOIRE

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Le christianisme, en ces régions, avait rayonné, après la fin du royaume de Méroé (330), depuis les principautés nubiennes des Nobates, des Makorites et des Alodes. C'est seulement au XVIème siècle que l'islam l'emporta définitivement en Nubie. En revanche, il ne put conquérir l'Ethiopie, héritière de l'ancien royaume d'Aksoum, dont les origines remontaient au moins au IIIème siècle avant notre ère. Peu après avoir détruit Méroé, les Aksoumites s'étaient convertis au christianisme, par l'intermédiaire d'Alexandrie (vers 340), ce qui les entraîna par la suite dans le monophysisme. Encerclée par les Arabes, l'Ethiopie médiévale entreprit, aux XIV-XVème siècle, une victorieuse contre-offensive contre la pression islamique. Dès 1427, elle envoya une ambassade en Occident, et c'est avec l'aide des Portugais qu'elle parvint, après avoir connue une situation quasi désespérée, à repousser le Somali Mohammed Granye (1543).

LES PREMIERS ETATS GUINEENS

L'histoire de la côte guinéenne demeure dans l'obscurité jusqu'au XIème siècle. La forêt tropicale constitua une barrière infranchissable pour l'islam. Au sud du Niger, on ne rencontre plus un seul Etat musulman. Préservés par la forêt, les Etats guinéens purent préserver leurs traditions culturelles et leur religion animiste. Dans la plus grande partie de ces régions, n'existaient encore, au XVème siècle, que des sociétés sans Etat. Les Yoroubas, établis dans l'actuel Nigeria, constituent une exception d'autant plus importante. Diverses légendes (comme celle d'un roi de Perse qui aurait trouvé refuge en ce pays, après une étape en Nubie) indiquent que les Etats yoroubas furent fondés par plussieurs vagues d'envahisseurs venues du nord-est, vers le Xème et le XIIIème siècle. Les Yoroubas formèrent une confédération de villes gouvernées chacune par un prince élu. Ce furent eux, également, qui fondèrent le royaume du Bénin, lequel atteignit son apogée au XV/XVIème siècle. L'activité artistique de ce royaume est restée justement célèbre (culture Nok en particulier).
Au sud de la grande boucle du Niger se constituèrent, à partir de 1400 environ, les Etats féodaux Mossis, farouchement rebelles à l'islam. Fondés par des aristocraties de cavaliers venus peut-être de la région du Tchad, ces royaumes étaient organisés sur une base à la fois théocratique et militaire; ils luttèrent contre les Sonrhaïs, puis contre les Peuls, mais se déchirèrent aussi en guerres civiles. Les plus importants furent les royaumes du Yatenga, du Fada n'Gourma et de Ouagadougou (dans l'actuel Burkina Faso), de Mamproussi et de Dagomba (au Ghana). La Guinée du XVIème siècle fut en outre agitée par des invasions comme celles des Malinkés, descendus de l'ancien empire du Mali, sur le haut Niger, et par des migrations comme celles des Peuls.
Ceux-ci étaient des pasteurs nomades qui n'accédèrent que tardivement à l'organisation politique. Leurs traces ont été retrouvées au Sahara préhistorique, dans les peintures du Tassili des Ajjer. Arrivés au Soudan, ils continuèrent à se déplacer, à la recherche de pâturages pour leurs troupeaux. Ils apparurent vers le Xème siècle dans la vallée du Sénégal, au Fouta-Toro, puis au XIVème siècle au Macina (sud-ouest de Tombouctou). Longtemps ils résistèrent à l'islam mais, après leur conversion (XVIIème-XVIIIème siècle), ils déployèrent tout autant d'énergie à mener la guerre sainte.

LES BANTOUS JUSQU'AU XVIème SIECLE

Au sud du 5ème parallèle de lattitude, les langues de la quasi-totalité des populations de l'Afrique centrale et australe présentent une telle parenté que l'on peut affirmer l'unité de civilisation de ces peuples, les Bantous. Les migrations bantoues se sont développées dans toute cette moitié de l'Afrique du début de notre ère au XIXème siècle. On ne sait pas cependant quel est exactement l'habitat originel des Bantous. Selon les hypothèses les plus vraisemblables, ils auraient pour point de dispersion la région du Tchad. De là, ils auraient gagné le centre de l'Afrique, puis se seraient répandus vers l'ouest et vers l'est, avant de descendre vers le sud. Agriculteurs et pasteurs, les Bantous tiraient de l'usage du fer une supériorité écrasante. Du côté de l'ouest, ils fondèrent vers le début du XIVème siècle le royaume du Congo, qui couvrit toute la région du bas Congo. Il était entouré, sur le périmètre de la cuvette congolaise, par d'autres Etats bantous tels que ceux des Koubas ou Bakoubas, des Loubas ou Baloubas, des Loundas. Tous ces Etats étaient bien organisés et présentaient une civilisation relativement évoluée. Dans la région interlacustre de l'Afrique centrale vivaient dès le XIIIème siècle d'autres peuples bantous tels que les Koundas et les Bambas, près du lac Tanganyika, les Ngondés et les Kamangas , près du lac Nyassa. Ces peuples, restés au stade de la tribu ou du clan , furent soumis et organisés par des Nilotes noirs descendus des marécages du Haut Nil. Ainsi se formèrent le royaume kitwara (dans l'actuelle Tanzanie) et le royaume de Rouanda, près du lac Kivou. Le plus grand Etat bantou du centre-est de l'Afrique fut sans conteste celui du Monomotapa. Il semble avoir pris la suite d'une civilisation antérieure déjà florissante, à laquelle il faudrait attribuer la fondation de Zimbabwé. Riche en mines d'or, de cuivre et de fer, le Monomotapa entretenait des relations commerciales avec l'Asie par l'intermédiaire des Arabes. Son apogée se situe tout de suite après sa fondation par les Vakarangas, c'est à dire dans la seconde moitié du XVème siècle et les premières années du XVIème siècle. Lors de l'arrivée des Portugais, le royaume était déjà divisé.
C'est vers 1500 environ que les Bantous commencèrent à pénétrer en Afrique du sud, jusqu'alors occupée par les Bochimans et les Hottentots.

L'ARRIVEE DES EUROPEENS ET LA TRAITE DES ESCLAVES

Depuis le VIIème siècle, l'Europe n'avait plus de relations avec l'Afrique que par l'intermédiaire des Arabes, dont les voyageurs et géographes, tels qu'Idrissi et Ibn Batouta, avaient rassemblé des renseignements précieux sur le continent noir. Les découvertes maritimes du XVème siècle visèrent moins l'Afrique que l'Inde, qu'on chercha à atteindre en contournant l'Afrique, l'arrivée des Turcs au Levant, puis en Egypte (1517), puis en Afrique du nord (à Alger, à partir de 1516), ayant pratiquement arrêté le commerce méditerranéen. L'Afrique devait seulement fournir des escales sur la route des Indes. Ce n'est qu'après la fondation des premiers établissements que les Portugais se rendirent compte que le continent africain contenait lui-même des richesses (or, épices, esclaves) pouvant devenir l'objet d'un fructueux commerce.
L'expansion maritime portugaise (précédée peut-être par des expéditions dieppoises en Sierra-Leone dès le XIVème siècle) se développa sur l'impulsion donnée par Henri le Navigateur. Les Portugais atteignirent successivement les îles Madères (1420), le cap Bojador (1434), l'embouchure du Sénégal (1445/1446), les îles Bissagos et la Sierra-Leone (1462), l'île Fernando Po, au fond du golfe de Guinée (1472), l'embouchure du Congo (1483). Enfin Barthélémy Dias doubla le cap de Bonne Espérance (1488), et 10 ans plus tard, Vasco de Gama, en route pour l'Inde, longea les côtes orientales de l'Afrique, abordant au Natal, au Mozambique et à Mombassa. En 1500, Diogo Dias découvrit Madagascar et, à cette date, le contour de l'Afrique était, dans son ensemble, connu des Européens.

la fin du XVIIIème siècle, l'Europe ne songea pas à coloniser l'Afrique. Portugais d'abord, puis Espagnols, Français, Anglais, Hollandais, se contentèrent d'établir des comptoirs tout autour du continent. Pendant la première période de contacts avec l'Afrique (XVème-début du XVIème siècle), les Portugais ne s'intéressèrent qu'à l'or, à l'ivoire, aux épices. Les rapports avec les Africains étaient pacifiques. Les premiers missionnaires furent bien accueillis par le roi du Congo (1490). En revanche, les Portugais détruisirent sans ménagement les comptoirs musulmans de la côte orientale, s'assurant ainsi, pour plus d'un siècle, la maîtrise de l'océan indien; ils entrèrent en contact avec l'Ethiopie, que la légende identifiait avec le royaume du Prêtre-Jean.


Henri Le Navigateur
Photo : http://pedagogie.ac-aix-marseille.fr/etablis
/lycees/montgrand/henryle.htm
Jusqu'à

 Ce fut le drame de l'Afrique que l'arrivée des Européens coïncidât avec la découverte de l'Amérique (1492). Le besoin de main d'œuvre des colonies espagnoles allait engendrer le commerce des esclaves. En fait, ce trafic avait existé en Afrique depuis la plus haute antiquité (les Garamantes fournissaient déjà les Carthaginois et les Romains avec un matériel humain qu'ils allaient chercher au Soudan); il prit une extension nouvelle à partir du VIIème siècle, du fait des commerçants arabes. Officialisée en 1518, la traite à destination des Amériques allait sévir pendant trois cent ans sur la côte atlantique, particulièrement à partir du XVIIème siècle. Les Portugais puis les Hollandais en eurent le monopole, puis Anglais et Français se disputèrent vivement le privilège de l'asiento (ce fut une des causes de la guerre de la Succession d'Espagne), qui échut aux Anglais (1713).
Aussi bien, toutes les nations maritimes de l'Occident participèrent plus ou moins au fructueux commerce des esclaves, qui fit la fortune de ports tels que Liverpool, Nantes et Bordeaux.

La traite s'étendait sur plus de 3000 Km de littoral, entre la Mauritanie et le Congo. Elle eut des conséquences désastreuses pour l'Afrique. Elle la dépeupla d'autant plus que, ruinés par l'ouverture du commerce maritime, les Etats proches du Sahara (Mali, Sonrhaï, Bornou) reconvertirent leur économie en se consacrant aux razzias d'esclaves chez les peuples non musulmans de la forêt guinéenne. La traite pratiquée par les Européens donna ainsi un nouvel essor à celle des Arabes. On estime que, Du XVIIème au XIXème siècle, environ 12 millions d'esclaves furent emmenés d'Afrique noire en Amérique et un nombre égal vers le monde arabe, soit environ 25 millions, alors que la population totale du continent, au XIXème siècle, était estimée au maximum à 40 millions d'habitants.
Ruineuse démographiquement, la traite le fut aussi économiquement: en effet, les petits chefs côtiers comme les empires étant devenus pourvoyeurs des négriers, et les Blancs s'intéressant de plus en plus exclusivement à la denrée humaine, toute l'activité de vastes régions d'Afrique se concentra sur les raids esclavagistes; l'agriculture et l'élevage dépérirent, des tribus entières abandonnèrent leur territoire et se réfugièrent dans les montagnes pour échapper aux chasseurs d'hommes; les industries locales végétèrent ou disparurent, de nombreux besoins étant désormais satisfaits par la «pacotille» que les négriers échangeaient contre les esclaves.

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