Ce phénomène devait avoir de graves résultats en Afrique du Nord : tandis
que les Berbères nomades se laissaient absorber, les Berbères sédentaires refluèrent vers
la montagne, l'agriculture fut négligée, abandonnée, les plaines rurales devinrent misérables.
La fin du XVème siècle voit ainsi le déclin du Maghreb alors que les musulmans
sont complètement chassés d'Europe (chute de Grenade en 1492) et que les Portugais, depuis
1415, ont réussi à établir des bases (Ceuta, Tanger, Arzila..) en divers points de la côte
marocaine.
A cette date, l'islam avait profondément pénétré en Afrique noire, le plus
souvent d'une manière pacifique - en dehors de l'expédition des Almoravides contre le
royaume de Ghana (1076). Ce furent surtout les marchands, les caravaniers berbères du Sahara
qui propagèrent l'islam dans les régions soudanaises. Les pays noirs se montrèrent très
tolérants. Certaines cités, comme Koumbi, la capitale ghanéenne, juxtaposaient un quartier
musulman et un quartier païen. L'islam était généralement bien accueilli par les princes,
à qui il permettait d'unifier leurs états sur une base théocratique; mais souvent
l'islamisation ne dépassait pas les classes dirigeantes.
La communauté de foi musulmane contribua à rapprocher les peuples des deux
bords du Sahara. C'est à partir du XIème siècle que le courant de conversion
prit de l'ampleur, atteignant successivement le Kanem, les Sonrhaïs du Niger, les Toucouleurs
de Tekrour, les grands empires de l'ouest - Mali et Sonrhaïs de Gao -, plus tard les royaumes
tchadiens - Baguirmi, Ouadaï, Darfour, enfin les Peuls. Les côtes de l'Afrique orientale
avaient vu fleurir, dès le VIIème siècle, de nombreuses cités-états commerçantes,
riches et luxueuses, fondées par des chefs musulmans venus d'Arabie du sud et même de Perse.
Parmi elles, Kiloa, sur la côte de l'actuelle Tanzanie, fut prépondérante jusqu'au XIVème
siècle, puis la domination passa à Paté. Mais il y eut de farouches résistances à l'islam
: elles vinrent des principautés chrétiennes de Nubie, qui résistèrent jusqu'au XVIème
siècle, de l'Ethiopie, qui réussit à préserver sans interruption jusqu'à nos jours son
christianisme apporté d'Alexandrie au IVème siècle; elles vinrent également des états païens
d'Afrique noire (Ghana, Peuls, Bambaras, Mossis). |
ROYAUMES ET EMPIRES SOUDANAIS JUSQU'AU XVIème SIECLE
C'est dans la région du fleuve Sénégal et de la boucle du Niger que se développèrent,
à partir du VIIIème siècle au moins, les premiers états organisés et bientôt
de véritables empires africains.

Dans cette région privilégiée, plus humide sans doute qu'aujourd'hui, riche
en sel et en or, florissaient : le royaume berbère d'Aoudaghost (Mauritanie); le
royaume toucouleur du Tekrour, sur le Sénégal ; le royaume des Mandingues, au sud du
Haut-Niger ; le royaume Mossi, à l'intérieur de la boucle du Niger ; le royaume sonrhaï
autour de Koubiya (sud de Gao); enfin, entre le Sénégal et le Niger, le royaume de
Ouagadougou, peuplé par les Sarakollés païens.
Ce dernier s'assura l'hégémonie en monopolisant le commerce de l'or avec
l'Afrique septentrionale: devenu l'empire du Ghana, il atteignit son apogée au XIème
siècle, mais périt victime du fanatisme des musulmans Almoravides (prise de Koumbi, 1077).
Sur les ruines du Ghana, le royaume de Sosso assuma la résistance à
l'expansion islamique au cours du XIIème siècle, mais il ne put soumettre les
Mandingues, et sa défaite à Kirina, en 1235, infligée par Soundiata Keita, inaugura l'hégémonie
d'un nouvel Etat, le plus puissant qu'ait vu naître l'Afrique occidentale: l'empire du MALI.
Le Mali, issu de l'ancien royaume mandingue, connut une rapide ascension au
XIIIème siècle, sous la dynastie Keita. Il trouva dans l'islam l'instrument d'une
centralisation politique qui fit sa force. Sous le règne de Mansa Kango Moussa (vers
1307/1332), le Mali s'étendit de la Gambie à la grande boucle du Niger. Il fut un agent
puissant de conversion à l'islam. Puissance internationale, il entretenait des relations non
seulement avec l'Afrique du Nord, mais aussi avec la Tripolitaine et l'Egypte. Cet empire, qui
a laissé un profond souvenir dans l'âme soudanaise, devait survivre nominalement jusqu'à la
seconde moitié du XVIIème siècle, mais, dès le XVème siècle, le
Mali se trouva éclipsé par le royaume sonrhaï, dont la capitale fut portée à Gao, sur le
Niger.
Fondé, semble t-il, par des Berbères, le Sonrhaï n'avait été que très
superficiellement islamisé au Xème siècle, mais en 1493, la conquête du pouvoir
par Mamadou Touré, fondateur de la dynastie des «askias», fit de cet état un belliqueux
champion de la foi musulmane. Durant tout le XVIème siècle, le Sonrhaï fit
rayonner une belle civilisation islamique sur un territoire correspondant au Mali, au Niger et
à une partie du Nigeria actuels.
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Mais il ne fut pas toujours heureux dans ses tentatives pour convertir par la
force les peuples païens voisins, notamment les Mossis. Déjà sur son déclin, le Sonrhaï
excita par ses richesses aurifères et ses esclaves la convoitise du Maroc; en 1591, il fut détruit
par l'expédition du sultan Ahmed el-Mansour. Entre le Niger et le Tchad, dans le nord de
l'actuel Nigeria, se formèrent vers le IXème- Xème siècle, les états
haoussas, confédération de 7 puis de 14 cités régies par une organisation aristocratique;
convertis à l'islam au XIIIème/XIVème siècle, les Haoussas, menacés
par l'expansion des Sonrhaïs et du Bornou, furent amenés, au XVIème siècle, à
se grouper plus étroitement sous l'autorité du royaume de Kebbi; ils subsistèrent ainsi
jusqu'au début de la conquête peule, au XIXème siècle.
Dans les régions tchadiennes, grand carrefour commercial, devaient se développer
de nombreux royaumes qui, soumis à des influences du Nord, par l'intermédiaire de la Nubie
et du désert, se distinguèrent par leur organisation centralisée et hiérarchisée, comme
par leur vocation militaire. Les royaumes du Kanem, du Bornou, du Baguirmi, tous convertis à
l'islam, luttèrent pour le contrôle du commerce transitant par le lac Tchad. Au XVIème
siècle, le Bornou fut la plus redoutable puissance militaire de l'Afrique noire; il employa
les premières armes à feu, qu'il avait acheté aux Arabes, et, fort de cette supériorité,
conquit une vaste zone du désert s'étendant au nord-ouest jusqu'à l'Aïr, au nord jusqu'au
Fezzan. Entre le Tchad et le Nil, des royaumes chrétiens comme le Ouadaï, le Darfour, le
Kordofan subsistèrent jusqu'à la fin du XVIème siècle ou au début du XVIIème
siècle, date à laquelle ils furent conquis par les Arabes et islamisés.

tombeau des Askias
photo http://u10.multimania.com/mali/gao.htm
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