L' AFRIQUE PRECOLONIALE : 
UNE PERIODE DE L'HISTOIRE

Passionné par l'Afrique depuis de nombreuses années, Oliver Bain nous propose un résumé de l'histoire de l'Afrique précoloniale

Olivier Bain est le créateur et réalisateur du site www.afriquepluriel.ch

 

L'AFRIQUE DU NORD AVANT L'ISLAM

Constituée à la fin du IVème millénaire, l'Egypte pharaonique avait de profondes racines africaines (rôle important de Thèbes et de la Haute-Egypte).
La conquête du pays de Couch et de la Nubie fut un des grands objectifs de sa politique dès l'Ancien Empire; au XVème siècle av.J-C, le Nouvel Empire réussit à étendre la colonisation égyptienne jusqu'au delà de Napata, à la 4ème cataracte. Cependant, conquise par les Perses (525), puis par Alexandre (332), l'Egypte négligea désormais le Nil pour consacrer ses forces à l'hégémonie en Méditerranée orientale et en Asie.
C'est encore la domination de la Méditerranée, mais cette fois à l'ouest, qui inspira l'expansion phénicienne, la fondation de Carthage, la rivalité des Carthaginois d'abord avec les Grecs de Cyrène et de Sicile, puis avec les Romains.
Victorieuse de Carthage en 146 av.J-C, après une lutte de 120 ans, Rome créa la province d'Afrique, pacifia puis annexa la Numidie, conquit également l'Egypte et, à partir de l'an 42 de notre ère, domina ainsi toutes les côtes septentrionales de l'Afrique, de la mer Rouge à l'Atlantique. Les Romains accomplirent une magnifique mise en valeur économique de tout le littoral mais, se heurtant à la résistance des Berbères, ils ne dépassèrent pas, vers l'intérieur, les chaînes de l'Atlas. Dans les régions qu'ils contrôlèrent effectivement, l'assimilation fut profonde: d'imposantes villes romaines se dressèrent à Lambèse, Timgad, Djémila...; un Berbère romanisé, Septime Sévère, accéda à l'empire.
On saurait mal, dans cette belle civilisation de l'Afrique romaine, dégager les traits caractéristiques d'un particularisme africain, si ce n'est peut-être dans le domaine religieux.
Portés au syncrétisme, les Romains annexèrent les dieux puniques et la religion des Libyens. Avec l'épanouissement du christianisme, à partir du IIIème siècle, l'Afrique méditerranéenne se distingua non seulement par la science mais aussi par une sorte de fougue caractéristique.
Mais les Vème et VIème siècle virent s'amorcer la rupture entre l'Afrique du nord et l'Europe: en Berbérie, l'invasion vandale de 429 porta à l'oeuvre romaine un coup fatal que ne put réparer la reconquête de la Tunisie actuelle par les Byzantins (533/534). L'Egypte, ralliée à l'hérésie monophysite, se plaça, en partie par une rébellion anti-impériale, en état de sécession religieuse.
Ces blessures devaient faciliter la conquête islamique.
Sur l'Afrique intérieure, les Anciens n'eurent jamais que des données vagues. Le périple de l'Afrique ordonnée au VIIème siècle par le pharaon Néchao et l'expédition carthaginoise d'Hannon jusqu'au golf de Guinée (Vème siècle) restèrent sans suite. Ni les marins égyptiens qui connurent les côtes de l'Afrique orientale jusqu'à Zanzibar, ne ce Diogène qui longea les mêmes côtes jusqu'à Dar el Salam au temps de l'empereur Claude, ni les expéditions terrestres des Romains jusqu'au Fezzan et peut-être jusqu'au Niger (Cornelius Balbus, 19 av.J-C) n'apportèrent de renseignements importants sur l'Afrique noire.

CONTACTS SAHARIENS

Les archéologues ont pu prouver cependant que l'Afrique ne vivait nullement isolée du reste du monde. Un rôle essentiel d'intermédiaire fut joué en premier lieu par la Nubie, par ce royaume de Couch que les pharaons avaient soumis vers le milieu du IIème millénaire, mais qui redevint, vers 800 avant notre ère, un Etat indépendant assez puissant pour conquérir à son tour l'Egypte et y imposer, au VIIIème siècle, la XXVème dynastie nubienne ou éthiopienne. La fin de l'Egypte pharaonique entraîna une africanisation de la Nubie. Le royaume de Méroé, qui succéda au VIème siècle av.J-C à celui de Napata (confluent du Nil et de l'Atbana), fut le grand diffuseur de l'industrie du fer en Afrique par la vallée du Nil et le Tchad vers le Niger, et par la Bénoué vers le golfe de Guinée. Par la suite, les migrations bantoues, parties de la région tchadienne, devaient introduire la métallurgie en Afrique centrale et australe
Ainsi, la plus grande partie de l'Afrique passa directement de l'âge de la pierre à l'âge du fer sans connaître un âge du bronze.
D'autres échanges se développèrent par le Sahara. Dès l'époque d'Hérodote, les Garamantes du Fezzan assuraient les liaisons commerciales entre Carthage et le Soudan, ramenant vers la Méditerranée l'or, l'étain, les ivoires, les plumes d'autruche, les animaux sauvages et aussi les esclaves. Le trafic saharien devient encore plus actif après l'introduction, au début de notre ère, du dromadaire, venue de la Syrie par l'Egypte.

RELATIONS MARITIMES

Dès la préhistoire, l'Afrique avait eu de fréquentes relations avec l'Inde, où vivaient des Dravidiens à peau noire. Dans les temps historiques, jusqu'au VIème siècle, les navigateurs malais visitèrent régulièrement les côtes de l'Afrique orientale, faisant pénétrer dans cette région toutes sortes d'innovations techniques telles que la culture du bananier, du cocotier, l'art de la pêche avec la pirogue à balancier, le défrichement par le feu, le soufflet de forge... Ce sont encore les Malais qui commencèrent le peuplement de Madagascar, vers l'an 400 de notre ère. Mais les côtes orientales africaines attiraient aussi, depuis les temps les plus reculés, les Arabes du Yémen et du golfe Persique, qui servaient d'intermédiaires entre l'Afrique et l'Asie tout entière pour l'exportation de l'or, de l'ivoire, des esclaves, pour l'importation sur le continent noir des étoffes, des soieries, des objets de cuivre et des épices.

 

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Carte de l'Afrique
202 avant .J.-C.
(www.afriquepluriel.ch)

L'EXPANSION DE L'ISLAM

L'arrivée des Arabes fut un événement capital pour l'Afrique, désormais ouverte à l'islam. Entrés en Egypte en 639, en Cyrénaïque en 642, les Arabes fondèrent Kairouan en 670 et furent maîtres de toute la Berbérie en 709. Le Maroc leur servit de base pour l'invasion de l'Espagne. Réalisée avec de faibles forces, cette conquête ne changea pas tout de suite les données humaines fondamentales de l'Afrique du Nord. Rapidement islamisés, mais de manière assez superficielle, les Berbères exprimèrent leur particularisme en adhérant au kharidjisme.
A la faveur de la crise califale (renversement des Omeyyades par les Abbassides en 750), trois royaumes berbères indépendants apparurent, correspondant à chacun des pays actuels du Maghreb : ce furent les royaumes des Rostémides de Tahert, en Algérie, des Idrissides au Maroc, et des Aghlabides en Tunisie. S'appuyant sur le particularisme berbère, les Fatimides renversèrent les Aghlabides (909), puis firent la conquête de l'Egypte et s'établirent au Caire (972), laissant l'Afrique du Nord sous l'autorité d'une nouvelle dynastie berbère, celle des Zirides. Ceux-ci ayant rejeté toute suzeraineté (1048), les Fatimides se vengèrent en déchaînant sur l'Ifrikiyya la désastreuse invasion des Arabes Banou Hilal (1051-1052).

Peu après, le Maghreb subissait une nouvelle invasion (à partir de 1055) : les Almoravides (nomades berbères), venus du Sahara méridional, allaient créer un empire comprenant à la fois le Maghreb occidental et toute l'Espagne musulmane.
Dans la seconde moitié du XIIème siècle, les Almoravides furent renversés par d'autres Berbères, les Almohades, qui, pour l'unique fois dans l'histoire, réalisèrent l'unité du Maghreb musulman (de 1159 à 1235 environ). Mais à la suite de défaites subies en Espagne (Las Navas de Tolosa, 1212), l'empire almohade se morcela et fit place à de nouvelles dynastie locales: les Abdelwadides de Tlemcen, les Hafsides de Tunis, les Mérinides de Fès. A l'arrière plan de ces luttes entre Berbères se poursuivaient, depuis l'invasion hilalienne du XIème siècle, une progressive arabisation du Maghreb à la suite d'arrivées successives de vagues arabes venues de l'est.

 

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