les étudiants africains à Nice

Corinne Deriot
Nice (France) mai 1994

[La vie en France vue d'Afrique] c'est une véritable mystification organisée

Quelles sont les raisons pour lesquelles les étudiants africains s'inscrivent dans les universités françaises et notamment niçoises ? A quelles difficultés doivent-ils faire face ? Quels sont leurs objectifs de départ ? Ceux-ci sont-ils atteints ?

Ce sont les questions que nous avons posées à un certain nombre d'étudiants africains de Nice et également à Malik Wade, ancien étudiant en droit et actuellement collaborateur dans un cabinet d'avocats (voir article).

Les autres témoignages recueillis son ceux de Fatou, étudiante malienne de 19 ans, inscrite en communication, Amina, étudiante sénégalaise de 22 ans, également inscrite en communication, Mamadou, étudiant mauritanien de 25 ans inscrit en AES, Christelle, étudiante sénégalaise de 26 ans, préparant une thèse en économie du développement et Bongwele, étudiant zaïrois de 28 ans inscrit en sociologie.

Les raisons du départ

Pour Fatou, Amina et Mamadou, c'est la qualité de l'enseignement qui est invoquée pur expliquer leur départ du pays d'origine. Pour Bongwele, il s'agit de raisons plus politiques liées à l'instabilité de son pays notamment à la fermeture des universités. Mais d'une façon générale, on a le sentiment que les étudiants obéissent à une certaine logique, celle d'aller faire ses études supérieures en France, même si certains de leurs frères et soeurs étudiants aux Etats-Unis ou au Canada.

Un choix personnel ou familial ?

Pour les plus jeunes, comme Fatou ou Amina, le départ et le choix de la matière étudiée ne sont pas dictés par la famille. pour Bongwele, c'est différent : Je dois avancer car je suis l'aîné. C'est ainsi que ma famille a pris la décision de m'envoyer ici.

Pourquoi Nice ?

Le choix de la ville de Nice est fonction, soit de l'aspect géographique et notamment climatique, comme pour Christelle qui pourtant n'y avait aucun contact, soit de considérations purement administratives : inscriptions closes, quotas atteints dans d'autres villes ou matière choisie inexistante ailleurs. Ca a été le cas de Malik Wade qui a quitté Reims pour pouvoir faire un D.E.A. de droit des affaires. Bongwele, quant à lui, a quitté Paris pour venir à Nice : Je n'ai pas supporté les turbulences de la vie parisienne, trop de monde, trop d'affluence.

Ce qui manque le plus

Comme tous les étudiants interrogés, c'est de ce manque de chaleur humaine dont veut parler Bongwele. C'est la première raison donnée lorsqu'on leur demande ce qui leur manque le plus ici par rapport à la vie dans leur pays d'origine. Bongwele explique qu'il a essayé de s'adapter à cet état d'esprit différent mais en vain. Il en a ressenti des tiraillements. Avant de quitter le Zaïre, il pensait que la France faisait partie 'un monde évolué techniquement et industriellement mais que les relations humaines étaient identiques à celles qu'il connaissait en Afrique. Il s'est rendu compte qu'il s'était trompé sur ce dernier point : C'est tout le contraire. C'est plus dur que chez moi. Ici, il faut une méthodologie pour acheter les relations humaines.

Pour Christelle, c'est un fort sentiment d'exclusion : On ne se sent pas chez soi, pas de contact, pas de dialogue, pas d'échange. Et s'il y a contact, c'est le plus souvent dans le même cadre culturel. Sa première année a d'ailleurs été redoublée, une année catastrophique dit Christelle, due en particulier à une adaptation difficile. Je n'avais jamais imaginé que je pouvais être stressée. Elle explique qu'en Afrique, les gens ne connaissent pas le stress dans la mesure où il y a un support affectif permanent, ce qui manque le plus aux étudiants africains en Europe. La vie ici est exactement à l'inverse de ce qu'on croit au pays. C'est une véritable mystification organisée dit Christelle, mais elle reconnaît que ces années à Nice ont été très riches en expériences : ça m'a forgé le caractère. Je me sens plus sûre de moi, beaucoup plus ouverte, plus tolérante.

Pour Malik, le manque de chaleur humaine à son arrivée en France lui a fait un choc, on ne voit pas les gens se parler. Ici, les gens sont des individualités qui passent. La première impression a été de retourner chez moi. Malik explique qu'arrivé en France au mois d'octobre, il a été perturbé par les heures de coucher et de lever du soleil. Je n'avais plus la notion du temps, j'étais désorienté, je demandais l'heure sans arrêt. Lorsque le printemps est arrivé, les repères ont été retrouvés mais très vite reperdus.

Les marques de l'histoire

On a demandé à Malik ce qu'il pensait de l'esprit de revanche qui animent certains étudiants : Les étudiants ont l'impression que la France n'a pas tenu parole, qu'elle les rejette, qu'elle a pillé leur pays et les a trahis. La France est dépréciée ; c'est pourquoi depuis une dizaine d'années, beaucoup n'étudient plus en France mais au Canada par exemple.

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