ENTRETIEN AVEC MALICK WADEDU 27 MAI 1994 |
Ici, les gens, ce sont des individualités qui passent.
| Malick Wade, 41
ans, avocat à Nice, réside en France depuis le 16 octobre 1976. Il
voulait faire Sciences Po. à Aix-en-Provence mais n'a pu être inscrit
pour des raisons administratives. Il a alors passé une année à Toulon
puis à Reims où il était inscrit en droit et assurances. Le choix s'est
porté sur Reims dans la mesure où seule cette ville permettait de suivre
une maîtrise d'assurances. Il s'est ensuite inscrit à Nice où il y
avait des amis, pour faire un D.E.A. de droit des affaires (inexistant à
Reims, les inscriptions à Paris et Nantes n'ayant pas abouti). Alors
qu'il était étudiant à Nice, il travaillait à Monaco pendant l'été.
En février 1990, il est entré comme collaborateur au cabinet Abecassis-Luciani à Nice. Comptiez-vous rentrer au
Sénégal à la fin de vos études ? Quelles ont été les raisons
de votre non retour au Sénégal ? |
Qu'est-ce qui vous a le plus choqué, étonné, manqué lors de votre arrivée en France ? Ce qui m'a manqué le plus, c'est la chaleur humaine, ça a fait un choc. On ne voit pas les gens se parler, d'où beaucoup d'appréhension. La première impression a été de retourner chez moi. Et lors de mon premier jour, on m'a demandé ma pièce d'identité. Cette appréhension a été confirmée pendant quelque temps. Au début, je n'avais pas la notion du temps, je demandais l'heure sans arrêt, j'étais désorienté par rapport au temps, j'avais faim tout le temps (une sorte de faim psychologique). Ici, les gens, ce sont des individualités qui passent. En effet, les saisons étant différentes, la lumière du jour ne correspondait pas à l'heure de Dakar. Il a fallu une période de rodage, d'autant plus que Malik Wade est arrivé en France au mois d'octobre. Lorsque le printemps (1977) est arrivé, les repères ont été retrouvés mais reperdus très vite à l'automne suivant. Vous avez pensé, à un moment
donné, travailler au sein du cabinet de votre cousin Abdoulaye. Pourquoi
cela ne s'est-il pas réalisé ? Souhaitiez-vous faire de la politique
comme votre cousin Abdoulaye ? |
Etes-vous
de nationalité sénégalaise ou française ? Je suis né Français. Je suis allé à l'école française. A l'époque, il y avait les citoyens des quatre communes : Dakar, Saint-Louis, Gorée et Rufisque. Les autres populations étaient des sujets français (et non des Français). Mes parents sont de Saint-Louis. Mon oncle est le maire de Saint-Louis. Mon arrière grand-père a été le premier maire de Saint-Louis.
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VOIR sur les citoyens des quatre communes :
Histoire du Sénégal : "Le Sénégal devient un territoire français, partie intégrante de l'Afrique occidentale française (AOF) en 1902. Les citoyens des "quatre communes" (Dakar, St Louis, Rufisque et Thiès) étaient "citoyens français" et élisaient un député." : http://www.amnesty.asso.fr/05_amnesty/55_france/554/src_edh/fiches2000/senegal_2000/senegal_2000.htm
Histoire du Sénégal : "En 1872, la France confère le statut de "commune française de plein exercice" à Saint-Louis, à Gorée et à Dakar et en 1880 à la ville de Rufisque. A compter de ces dates, les habitants de ces quatre communes sont citoyens français (...)" : http://www.asnom.org/131.html
Histoire du Sénégal : "Le 19 octobre 1915, à son initiative, est votée la loi Diagne, devenue célèbre et qui faisait des originaires des quatre communes (Gorée, Dakar, Saint-Louis et Rufisque) et de leurs descendants, des citoyens français à part entière." : http://www.woya.com/news/french/pana/articles/2001/05/10/FRE085.shtml
VOIR sur la mairie de Saint-Louis :
Histoire de Saint-Louis : "Pierre Chimere est le premier maire noir de Saint-Louis. La citoyenneté française est accordée aux habitants de Dakar, Saint-Louis, Gorée et Rufisque." : http://www.saintlouisdusenegal.com/histrepereschrono.htm