Une pirogue ambulance

pour un désenclavement médical des îles du Saloum

Corinne Deriot
Nice (France), septembre 2000

Le Secours populaire de Nice (France) a mis en place un projet humanitaire au Sénégal, dans les îles du Saloum dont l'inauguration a eu lieu en novembre 1999.

"Ici, la terre et l’eau se mêlent intimement. Le Siné-Saloum est cette région plate et marécageuse recouverte par les eaux du fleuve Saloum. Des centaines d’îles, un dédale de bras de mer ..." 1

Les contraintes de l'enclavement

Il s'agit, au départ de l'île de Niodor, de mettre à la disposition des malades une ambulance prenant la route fluviale.

Jusqu'à présent, un malade habitant Niodor et devant être hospitalisé doit, pour se rendre à l'hôpital de Dakar (le plus proche par la route), passer par Djifère, Joal et Mbour, soit 10 heures de trajet pour 160 km ! En effet, les taxi-brousses ou minibus ne partent vers leur destination que lorsqu'ils ont fait le plein de passagers, ce qui peut entraîner plusieurs heures d'attente.

Si l'on utilise une pirogue au départ de Niodor, le malade pourra être conduit non plus à l'hôpital de Dakar mais à celui de Fatik, à 60 km de là, en 3 à 4 heures. Niodor, sous-préfecture qui compte 8.000 habitants, ne dispose d’aucun médecin. Cette île souffre d’un enclavement réel sur le plan économique et sanitaire notamment.

La pirogue est donc un moyen de transport plus rapide qu'un véhicule terrestre. Nous parlons ici de transports en commun, la possession ou la location d’un véhicule particulier étant quasiment inconcevable pour des raisons bien entendu économiques. De plus, les secousses ressenties dans une pirogue sont sans aucun doute bien moins désagréables qu'à l'intérieur d'un taxi-brousse sur une route parsemée de nids de poules.

Les auteurs du projets

Les auteurs du projet – qui se sont déplacés en novembre 1998 pour une mission à Fadiouth où un nombre important de Fadiouthiens s'est rendu à la consultation médicale gratuite - sont :

  • Louis COLOMER, docteur2

  • Patrice URANI, infirmier3

  • Samio SAAR, originaire de Fadiouth, qui a rempli les rôles de coordinateur et d'interprète 4.

La pirogue

La pirogue a été construite près de Niodor par un fabricant professionnel (Ousmane FATOU SAAR) pour un coût de 12.000 francs français financé par le don d'un particulier au Secours Populaire. Le moteur Yamaha de 30 chevaux a été acheté d'occasion, à Nice, pour 6.500 francs français et a été amené au Sénégal par Messieurs COLOMER, URANI et SAAR. Le choix du moteur a été déterminé par la facilité que les usagers auront à le réparer.

La pirogue (11 mètres de long sur 1,60 mètre de large) a une capacité de 30 places assises et peut recevoir 3 malades en position allongée.

La gestion financière et matérielle

Les organisateurs du projet ont suggéré à la population de Niodor d'autogérer la pirogue ambulance notamment quant aux frais d'essence et de réparation. Il est notamment prévu de rentabiliser la pirogue – en l'absence de besoin médical – en l'utilisant pour permettre aux femmes du village d'aller chercher du bois mort ou des coquillages et aussi pour transporter des touristes (la région du Siné Saloum étant l'une des régions les plus visitées du pays, notamment en raison du parc national du delta du Saloum). Les fonds ainsi récoltés doivent servir à payer le piroguier et à subvenir aux frais d'entretien de la pirogue.

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