C.D. : Avez-vous eu l'occasion de regarder la télévision sénégalaise
? Si oui, qu'en pensez-vous ?
Stéphane : Oui. Je ne regardais déjà plus en partant de Dakar
tellement j'avais
l'impression que le niveau des émissions se dégradait. Ca ne m'intéresse
pas du tout. Par contre ce que je trouve bien c'est le journal et les émissions
en wolof.
C.D. : Lors de vos séjours de vacances au Sénégal,
que retenez-vous et qu'avez-vous envie de raconter à votre entourage français
à votre retour ?
Stéphane : Pour moi les vacances sont l'occasion de revoir famille
et amis
d'enfance. A coté de cela je prends ma planche de bodyboard et je surfe.
J'organise des sorties à l'intérieur du pays avec des potes et puis je
fais le plein de musique. Mais chaque fois que je rentre c'est toujours la
même chose, j'ai vraiment mal au cœur car, non seulement les choses
n'avancent pas mais elles empirent. Et chaque fois je suis conforté dans
mon choix de ne pas rentrer vivre à Dakar ! Quitte à être étranger
quelque part autant que le mal soit moindre.
En effet à Dakar je suis considéré comme un étranger
du fait de beaucoup de
choses :
- Je ne parle pas bien du tout le wolof. Ca m'a toujours valu des
remarques très désobligeantes comme "Il se prend pour un
blanc" alors que l'explication est simple. Mon père est Sénégalais
mais n'a pas été élevé au Sénégal. En arrivant à Dakar il ne
parlait pas et parle toujours très mal wolof. Ma mère est née à Dakar
mais parlait français chez elle. Ils ont donc décidé, pour ne pas
embrouiller les enfants de leur parler français. Voilà tout. C'est donc
la langue que je parle depuis tout petit chez moi comme à l'école. Et
j'ai donc appris le wolof dans la rue
ou avec certains copains mais vous le savez vous-même c'est pas évident.
Bref, on ne me fait pas de cadeau sur ce plan.
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- Je ne suis pas
musulman comme je "devrais" l'être (du fait de la religion de
mon grand-père). Ca constitue aussi une forme de rejet.
- Je n'ai pas exactement la même couleur de peau. Je suis juste un
peu plus clair que la plupart des gens et ils ne me considèrent donc pas
comme un véritable enfant du terroir ...
Donc quitte à être étranger, autant l'être dans un pays ou je pourrai
m'assurer un certain confort de vie. Même si ce n'est pas toujours facile
d'être "black" en France vu les a-priori tenaces. C'est vrai
que beaucoup ne sont pas infondés. Je dis toujours qu'il n'y a pas de fumée
sans feu ...
Excusez la digression mais c'était pour expliquer que je raconte mes
vacances à mes amis de France sans oublier les aspects qui m'ont paru négatifs.
Je ne suis pas une agence publicitaire. Je dis ce qui se passe en essayant
d'être le plus objectif possible et en tenant compte du fait qu'ils ne
savent franchement rien de l'Afrique. Ca me permet de mieux les préparer
car j'ai souvent entendu "Je suis allé(e) à Dakar cet été et ça
m'a fait un choc, ..... je ne me m'y attendais pas vraiment.". On
imagine assez bien ce qui les a choqués .... Le laisser-aller (ou
passivité, peu importe le nom qu'on donne à ce fléau) des institutions
(publiques ou privées) qui a pour conséquence d'appauvrir lentement mais
sûrement notre pays.
C.D.
: Si vous occupiez des responsabilités au Sénégal au niveau
gouvernemental, par quoi commenceriez-vous ?
Stéphane : Par assurer l'auto-suffisance alimentaire, l'aménagement
de l'eau
potable dans tous les foyer et la santé. Pour cela je promouvrais
fortement TOUS les emplois qui tournent autour de ces secteurs. Les Sénégalais
ne sont pas idiots, loin de là. Ils vont là ou il y a du travail !
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C.D. : Quels sont les aspects positifs d'un pays comme le Sénégal,
qu'on ne
retrouve pas en Europe et en France notamment ?
Stéphane : Les gens ont vraiment le sourire et la bonne humeur
faciles et il existe
une certaine légèreté dans la façon de vivre malgré les contraintes
matérielles fortes et c'est tout à l'honneur de ce peuple.
Et puis il y a véritablement une richesse culturelle assez développée
et j'admets que malgré les très fortes différences de culture la
cohabitation donne une résultat assez satisfaisant !
C.D. : Qu'en est-il de cette fameuse Teranga
selon vous ?
Stéphane : La lente descente en enfer de notre pays fait qu'elle
est intéressée de
nos jours, c'est un argument touristique, mais elle n'est pas vraie dans
la vie de tous les jours. C'est la seule façade qu'il leur reste. Ils
aimeraient la préserver tant bien que mal.
C.D. : En discutant du Sénégal avec des
Français, quelles sont selon vous les
idées fausses qu'ils peuvent se faire de ce pays ?
Stéphane : Ils n'ont pas idée de la pauvreté du pays. Ils
s'en doutent un peu mais
ils ne savent pas jusqu'à quel point il existe des miséreux. Et je pense
qu'ils croient que tout est léger, beau, tout a un air de vacances. Et
c'est vrai pour les gens qui ont des moyens. Et il faut bien avouer que
ces gens sont de plus en plus rares.
Pour ces miséreux ce pays est sûrement leur pire cauchemar et non leur
destination de rêve ! |