Stéphane, Sénégalais
de 25 ans, ingénieur en informatique, réside dans l'Est de la France. Il
est né à Dakar comme son grand-père, musulman. Son père, quant à lui,
lui a transmis sa religion, le catholicisme.
Stéphane a bien voulu nous
donner son sentiment sur son pays d'origine.
Il a également réagi à notre
article La pauvreté s'enracine à Dakar.
C.D. : J'ai cru
comprendre que vous ne souhaitiez pas vous installer au Sénégal. Quels sont les handicaps principaux selon vous à une vie à
Dakar ?
Stéphane : Les éléments
de confort essentiels :
L'hygiène : Ce n'est pas tout d'avoir une maison propre, on aimerait
bien se promener dans tout un environnement propre. Quand on voit la rue
Pompidou aujourd'hui on est franchement attristé.
Les soins médicaux essentiels constituent un véritable casse-tête.
Il y a beaucoup de travail à faire encore sur l'instruction des
populations
en matière d'hygiène de base. On s'en rend compte lorsque l'on voit des
enfants passer des journées entières à l'école sans manger, sans avoir
pris de douche depuis des jours. C'est la porte ouverte à beaucoup de
maladies qui auraient pu être évitées en vivant dans un environnement
salubre. Manque d'instruction ou manque de moyen ? Je ne sais pas
vraiment parce qu'on voit de temps en temps des dames qui se pavanent avec
des parures somptueuses, viennent prendre leurs enfants en belle voiture
alors que l'enfant n'a pas mangé à midi ou porte des vêtements sales,
bref est victime d'un manque de soins évident. Ce sont des cas isolés
mais ils existent et sont tout simplement révoltants.
On ne peut pas étudier correctement dans de telles conditions. Les
besoins de base ne sont pas satisfaits, inutile de passer aux besoins
supérieurs (pyramide de Maslow).
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C.D. : Quelles
seraient les difficultés rencontrées ?
Stéphane : La
précarité de l'emploi quand il existe. De plus il n'existe pas vraiment
de plan de carrière... C'est génial pour la motivation et l'avancement
!!! La protection des employés n'existe pas. Le patron est roi. La
corruption à tous les niveaux de tous les services privés ou publics.
L'instruction des enfants : trop peu de structures publiques sérieuses.
Les années sont souvent déclarées "invalidées" (surtout dans
l'enseignement supérieur et les lycées). Le système éducatif n'est pas
stable du tout. Beaucoup de jeunes sont découragés par ces années
invalidées (je ne leur donne pas franchement tort). Le vieil adage selon
lequel "seul le travail paie" n'est pas vraiment de mise et je
comprends
tout à fait que ce soit douloureux. Le sentiment d'injustice est énorme.
Ca rend aigri. Comment être épanoui dans une telle société ?
C.D. : Quelle
est votre sentiment par rapport au système polygamique au Sénégal (voir notamment l'article "Monogamie
et polygamie au Sénégal : le choix de l'époux" sur Africaquiz)
?
Stéphane : Je
n'ai pas lu l'article et je trouve que c'est un problème mineur. Je ne
suis pas du tout concerné par la polygamie, je n'ai pas été élevé
dedans. C'est un choix de vie, il faut pouvoir l'assumer. Du côté des
deux
parties. Le plus difficile c'est certainement pour les enfants qui paient
souvent cher ce choix de leurs parents.
C.D. : Pouvez-vous
envisager un mariage polygamique ?
Stéphane : Sûrement
pas. Ca ne correspond pas du tout à ma conception du noyau familial. Je
compte bien élever mes enfants dans l'amour de leur UNIQUE
mère et de leur père.
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C.D.
: Quelles sont, selon vous, les raisons
d'un choix polygamique d'un jeune Sénégalais aujourd'hui ?
Stéphane : Je
n'ai pas envie de généraliser mais elle a toujours été synonyme de
faste, d'aisance, de puissance pour un homme. C'est assez paradoxal vu
que la plupart ne peuvent pas assumer financièrement ce choix ! Mais les
Africains adorent faire les beaux. Il y a beaucoup de "m'as-tu
vu" dans
leur comportement. On a l'impression qu'ils sont en quête permanente
d'admiration. Et par-dessus tout ils ont horreur de perdre la face. Ils
feront des choses totalement en dépit du bon sens pour ne pas perdre la
face. Et si par malheur, vous leur avez fait perdre la face un jour ils ne
l'oublieront jamais. Parfois j'ai l'impression d'avoir à faire à des
enfants. Et ce genre de rivalités mesquines et immatures se retrouvent à
tous les niveaux de la société. C'est ce genre de mentalité que je réprime
totalement, car j'ai l'impression que ceux qui devraient donner l'exemple
donnent le mauvais exemple et s'écartent des préoccupations
essentielles.
C.D. : Avez-vous
des exemples autour de vous qui vous permettent de comprendre
un tel choix ?
Stéphane : Non
et je n'ai jamais vraiment compris un tel choix. Mais c'est de
tradition.
C.D. : Pensez-vous,
comme certains, que si la polygamie recule aujourd'hui au Sénégal, c'est essentiellement pour des raisons financières ?
Stéphane : Je
pense qu'il y a beaucoup de ça. Le faste de certaines années n'est plus.
Peut-être aussi que les adultes d'aujourd'hui ont été marqués par la
polygamie de leurs parents et ne souhaitent pas faire subir la même chose
à leurs enfants. Mais je sais que les adultes oublient vite.
C.D. : N'y
a t-il pas un changement de mentalité ?
Stéphane : Je
ne sais pas, ça fait deux ans que je ne suis pas rentré et je ne peux
pas
juger pendant une période de vacances, c'est trop court, mais les
mauvaises
habitudes ont la vie dure vous savez.
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