|
Corinne Deriot : Votre père était Adophe Diagne. Militaire de carrière, il a parcouru l'Afrique et faisait partie des troupes françaises arrivées dans le sud de la France à la fin de la guerre de 1939-1945. Qu'est-ce qui l'a amené à Lourmarin ? Blaise Diagne : Il a rencontré ma mère ! Originaire de Briançon, elle avait acheté une ferme à Lourmarin. C'est ainsi que, alors qu'ils habitaient Paris, je passais toutes mes vacances à Lourmarin. C.D. : Parlait-on de votre grand-père à la maison ? B.D. : Rarement. J'ai vu quelques historiens venir chez nous poser des questions. J'ai souvent entendu parler de Senghor qui avait bien connu mon grand-père. Mais mes parents ont toujours été très discrets sur cette histoire familiale. Il était important pour mon père et ensuite pour moi qu'on n'utilise pas cette renommée dans un intérêt personnel. C.D. : Quelles ont été les circonstances qui vous ont amené à être candidat à la mairie de Lourmarin ? B.D. : J'habitais en banlieue parisienne, dans une tour. Je me suis rendu compte qu'il y avait autant de personnes dans cette tour que dans tout le village mais qu'à Lourmarin tout le monde se disait bonjour et c'est ce qui me plaisait. Je suis donc venu m'y installer en 1981. J'avais 27 ans. Je me suis occupé de la ferme familiale et suis devenu agriculteur. Puis, après avoir été président des parents d'élèves, j'ai été sollicité pour entrer au conseil municipal et dans différentes structures agricoles. C.D. : Pour quelles raisons vous a t-on sollicité ? B.D. : Les années passées dans une entreprise de métallurgie à Paris ont été très enrichissantes socialement et m'ont permis d'acquérir une certaine facilité de discours, et comme j'ai toujours quelque chose à dire ... ! C.D. : Vous avez été nommé président de la communauté de communes. Que cela signifie t-il pour vous ? B.D. : Arriver à ce que les choses puissent se construire au détriment de personne, arriver à faire travailler tout le monde ensemble. Ce qui est important pour moi, c'est l'intérêt collectif, et ça, c'est ce que mes parents m'ont transmis. Et le collectif n'est pas le cumul des intérêts individuels. |
C.D. : Quelle est votre force ? B.D. : N'avoir aucune ambition. Cela me permet de choisir. C.D. : Avez-vous eu l'occasion, dans votre vie professionnelle, d'évoquer votre grand-père ? B.D. : Comme je vous l'ai dit, c'était quelque chose que l'ont ne mettait jamais en avant. Mais un jour, alors que je travaillais comme ouvrier, un autre ouvrier qui était sénégalais m'a dit : "Tu t'appelles Blaise Diagne ? Tu sais qu'il y a eu un Blaise Diagne très célèbre au Sénégal." "Oui, je sais, c'est mon grand-père." Lui répondis-je. "Je ne te crois pas. Si c'était ton grand-père, tu ne serais pas ici à travailler dans cette usine !" m'a t-il dit. C.D. : Vous êtes né à Paris. Etes-vous déjà allé au Sénégal ? B.D. : J'y ai vécu alors que j'avais entre 6 mois et 2 ans. Mes premiers mots ont d'ailleurs été en wolof car j'étais gardé par un tirailleur sénégalais toute la journée. C.D. : Etes-vous retourné au Sénégal ? B.D. : Pas depuis 1960. Ma vie est ici, à Lourmarin. Je crains de n'avoir rien à apporter là-bas. En même temps, je ne peux y aller en touriste. Je suis originaire de ce pays. Je m'y installerai peut-être à la fin de mon mandat de maire et lorsque mes enfants seront tous grands. C.D. : Pourriez-vous envisager un jumelage entre Lourmarin et un village sénégalais ? B.D. : Non. Il n'y a aucune raison. Mes seules origines ne peuvent suffire à justifier un tel jumelage. Par contre, Lourmarin s'associe à un projet humanitaire concernant le Sénégal, porté par deux dentistes du village. (2) Corinne Deriot - décembre 2005
(1) Mamadou Diouf :"Histoire du Sénégal" (2) Le Sothiou : centre ambulatoire de soins dentaires. |