TRANCHE DE VIE : 
UNE FRANçAISE EN COTE D'IVOIRE

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... ce qui m'a marqué le plus est le peu d'ouverture de la communauté française ...

Quel est le pourcentage d'Ivoiriens et d'Européens (et autres) dans votre 
clientèle ? 

Jusque septembre 2002, Africains (et non exclusivement Ivoiriens) : 25% - Autres : 75%.

 

Le nombre et le pourcentage d'Africains augmentent régulièrement par l'effet de nos actions commerciales mais bien davantage encore par l'effet de l'évolution sociale tant de la part des Ivoiriens résidants dans leur pays que de la diaspora. De plus en plus, les vacances font partie des attentes et désirs des classes supérieures et moyennes (tout à fait large en Côte d'Ivoire). Les traditionnelles vacances au village lassent et pèsent surtout dans le cas de couples mixtes vivant en Europe. Nous avons ainsi de plus en plus d'Ivoiriens (une majorité de nos clients de cette catégorie - par hasard ? - sont mariés avec des Allemandes et vivent en Allemagne. Ils passent chaque été quelques semaines en Côte d'ivoire dont cinq à dix jours chez nous). D'autres Africains de la sous-région, en particulier les Anglophones en majorité Nigérians, sont heureux de trouver un accueil et une cuisine française pas trop loin de chez eux.

 

SOCIOLOGIE

Quels sont les différences majeures qui vous ont marquée, entre la France et la Côte d'Ivoire, dans les premiers mois de votre séjour ?

 

Lors de mon premier séjour, ce qui m'a marqué le plus est le peu d'ouverture de la communauté française : à la suite de mon premier dîner, dix jours après mon arrivée, j'ai failli prendre l'avion vers Paris pour ne jamais revenir.

 

Dans une superbe maison de 1000 m2 à la Riviera "apéritifs" et "cognac/cigare" séparés hommes/femmes.  Aucune femme ne travaillait, toutes se plaignaient de leurs "boys" et de "ces gens-là", aucun n'était allé plus loin qu'Assinie, déjà une aventure, etc.  Une caricature de l'excellent "Chroniques abidjanes"  publié quelques années plus tard.

 

Chroniques abidjanes
Albert Taieb

Une autre différence qui m'a marquée fut la difficulté de se promener en ville en raison de la chaleur et l'absence de comptoirs où prendre un verre, un café, ce qui est et a toujours été mon habitude à Paris où je suis née.

 

Enfin, m'ont frappée l'extrême courtoisie des Ivoiriens et leur tenue vestimentaire toujours impeccable et le plus souvent élégante.  

 

 

Quelles sont encore aujourd'hui les différences culturelles que vous constatez ?

 

Aujourd'hui, je ne sais plus. 

 

J'ai vécu deux fois en Côte d'Ivoire dans des environnements très différents. 

 

Entre ces deux séjours, j'ai vécu à Paris huit mois, à Washington, D.C. cinq ans, à Paris à nouveau dix huit mois. 

 

Je suis née d'un père italien et d'une mère belge, différences qui paraissent aujourd'hui ridicules ne l'étaient pas en 1953. 

 

Dans les mauvais côtés, j’ai encore à l’oreille les « ton père au moins doit savoir chanter », les « bouffeuse de spaghetti » ou « cornet de frites » de la cour d’école.  Dans les bons, j'ai un amour prochain pour l'Italie et un souvenir merveilleux de la culture de mon grand-père et de mon père et d'un tas de petites traditions et habitudes culinaires du Piémont leur région ou encore de la Vallée d'Aoste où je me suis rendue souvent et région d'origine de ma plus vieille amie d'enfance. 

 

J'ai passé six mois à Londres et de nombreuses fois de cinq jours à deux mois, ai vécu avec un Jordanien, ai fait de nombreux déplacements professionnels de courte durée dans différents pays du monde. 

 

Je finis par intégrer les différences culturelles sans vraiment les voir.

 

La seule conclusion à laquelle j'ai abouti est que je ne comprendrais jamais vraiment une culture et resterais toujours étonnée par certaines réactions et certains comportements auxquels je ne m'attends jamais.

 

 

Les différences culturelles que je constate aujourd'hui, outre celles mentionnées plus haut, sont les suivantes :
  • le sourire et la joie de vivre présentes en Côte d'Ivoire alors qu'elles ont disparu (mais ont-elles existé) dans le pays de râleurs professionnels et patentés qu'est la France.
  • la perception du temps et les notions d'inquiétude, d'angoisse et d'anxiété qui, selon moi, ne sont pas inconnues des Ivoiriens mais n'ont pas les mêmes causes et manifestations qu'en Europe ou aux Etats-Unis.
  • la disponibilité vis à vis des autres : plus importante en Côte d'Ivoire qu'en Occident, y compris vis à vis des chefs et patrons.
  • le vocabulaire : "Il, elle, la Blanche, la Jaune, la petite claire, la grande noire" sont fortement utilisés et me choquaient jusqu'à ce que je comprenne qu'il n'existait aucune connotation négative ou mépris dans l'expression.
  • une très grande tolérance naturelle vis à vis des autres cultures, religions et habitudes. 
  • une pression familiale et sociale qui, à mon sens, est insupportable, un frein à la liberté et peut-être le premier frein au développement du pays.
  • des règles imposées aux enfants.
  • des habitudes alimentaires très différentes (sauces, ragoûts, riz, féculents, graisse dominants et utilisation des doigts pour manger).
  • une très grande attirance pour les gadgets et en particulier les derniers cris de téléphone portables.  La conséquence est que les numéros de cellulaire changent sans arrêt, y compris chez des personnes de bon niveau d'éducation et de revenu.  Un peu pénible au quotidien et dans la vie professionnelle…
  • un côté "show-off" qu'on ne retrouve pas dans les pays voisins mais qui me fait penser à la Côte d'Azur en France (en vous priant d'excuser la "critique" gentille). 
  • et la principale caractéristique de la Côte d'Ivoire est la "rumeur", une distraction pour moi parfois amusante, davantage agaçante, souvent innocente, dangereuse dans les périodes de crise que nous connaissons actuellement.  Cette rumeur s'entretient, se construit, se rapporte, devient vérité, "la vérité". 

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